23-11-2017
 
 
Les ÉFO dans la Première Guerre Mondiale Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Rafiq   
21-10-2006
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Les ÉFO dans la Première Guerre Mondiale
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LES ÉFO DANS LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

Marie-NoËlle FrÉmy (collÈge AMJ) et Alain Tarico (collÈge de Tipaerui)

I. MISE AU POINT SCIENTIFIQUE

Rappel

Il est difficile de parler de la participation des Établissements français d'Océanie à la Première guerre mondiale sans d'abord s'interroger sur l'histoire des ÉFO. Les Marquises annexées par la France en 1842 et le protectorat sur les Gambier (1871) étaient dénommés ensemble Etablissements français de l'Océanie. Leur réunion avec les Iles du Vent sous l'autorité du gouverneur Bruat en 1843 a amené celui-ci à officialiser dans ses arrêtés le nom des ÉFO. L'appellation s'est élargie ensuite jusqu'à inclure la Nouvelle Calédonie puis s'est limitée, à partir de 1860, aux terres françaises de la Polynésie orientale. Le protectorat y est transformé en colonie en 1881, y incluant les Iles Australes en 1887,1900, 1901 et les Iles Sous le Vent (1898). En 1946, sans changer de nom, la colonie est devenue un territoire d'Outre-mer et ce n'est qu'en 1957 que ce territoire a pris le nom de Polynésie française.

La Grande Guerre dans les ÉFO

Les premiers combattants des ÉFO sont ceux qui, en septembre 1914, ont défendu Papeete contre l'attaque de 2 cuirassés allemands. La mise en ordre de bataille de la colonie avait été prévue par le gouverneur Fawtier et surtout par le commandant de la Zélée, Maxime Destremau.

Le recrutement des Poilus tahitiens

Pour l'ensemble de la guerre, la participation chiffrée des soldats des ÉFO aux fronts européens peut être qualifiée d'insignifiante au regard du nombre de soldats mobilisés dans les armées françaises, elle est cependant importante dès qu'on la compare à la population totale polynésienne de l'époque (30 000 habitants environ).12 contingents ont quitté Papeete entre 1915 et 1917 soit 1115 hommes. Jusqu'en décembre 1915, les contingents sont formés de volontaires locaux ou d'appelés métropolitains. En 1916 la conscRIPtion est élargie aux « indigènes » ayant la nationalité française. Quant aux sujets français, un appel à l'engagement volontaire leur est lancé. Les premiers partants sont des hommes de Papeete et de ses environs, avec une assez forte proportion de métropolitains, de colons d'origine européenne et de « demis » puis le recrutement s'éloigne de la capitale et se compose de plus en plus de «Polynésiens de souche». Les Chinois ne sont pas recrutés, ils ne peuvent pas être volontaires. En 1914, il existait dans les ÉFO une distinction entre deux sortes de statuts personnels. Les Polynésiens originaires de Tahiti, Moorea, des Tuamotu, de Raivavae et de Rapa, c'est-à-dire des îles qui faisaient partie du royaume de Pomare V au moment de l'annexion en 1880, étaient des citoyens français et relevaient de la conscRIPtion alors que les autochtones du reste des ÉFO, c'est-à-dire des Marquises, des Iles-Sous-le-Vent, de Rurutu et de Rimatara étaient des sujets français, qui ne sont devenus citoyens qu'en 1945. Ceux-là ont combattu comme volontaires. Quant aux Chinois, la plupart d'entre eux n'ont obtenu la citoyenneté qu'en 1973.

Les Poilus tahitiens au front

Au nombre des partants officiels, conscrits ou volontaires, comptabilisés dans les contingents, il faut encore ajouter l'apport difficilement chiffrable mais non négligeable des volontaires qui ont rejoint seuls les rangs des combattants.
Les premiers combattants ont été envoyés dans différentes unités (Craonne, la Champagne, la Somme.), les suivants sont rassemblés dans le 22° d'Infanterie Coloniale et envoyés en Grèce (1916), enfin vient la formation du Bataillon des Tirailleurs du Pacifique, un bataillon mixte d'étapes rassemblant 600 hommes des différentes ethnies de l'Océanie française. Ce bataillon de soldats-travailleurs est transformé en 1917 en Bataillon de marche jugé apte à combattre. Entre juin et novembre 1918, il participe aux combats qui amènent la victoire. Le gros du contingent regagne Tahiti le 28 juin 1919.

Bilan d'une participation

Les pertes s'élèvent à 204 noms « Morts pour la France » inscrits sur le monuments aux morts de Papeete, ce qui porte les estimations aux environs de 250 , chiffre comprenant un nombre important de décès des suites de maladie. A ce coût humain, il faut ajouter un autre bilan montrant l'attitude des soldats polynésiens dans la guerre, dont la participation a souvent été jugée exceptionnelle par les autorités militaires avec un nombre important de citations à l'ordre de l'armée, médailles, récompenses et autres reconnaissances militaires données en nombre aux soldats originaires de la colonie. L'inauguration du monument aux morts le 14 juillet 1923 permet de ramener au fenua les noms de ces soldats morts à défaut des corps restés au loin.

La participation civile

La participation des ÉFO à la Première Guerre mondiale répond assez bien à l'idée de la « guerre totale ». La guerre totale entraîne l'arrière et les populations civiles dans la guerre. Par sa situation géographique, « y-a-t-il un arrière plus arrière que les ÉFO » ? Quelle meilleure illustration de la guerre totale et mondiale trouver que celle d'une population coloniale vivant isolée à 18 000 kilomètres de la zone de front et subissant, dès le 22 septembre 1914, un bombardement de deux heures ? Certes les conséquences sont peu importantes sur le plan des pertes humaines (aucun soldat touché, 1 à 3 civils tués), mais tous les témoignages ultérieurs montrent le profond ébranlement et la terreur subis par la population civile. Les pertes matérielles sont importantes à l'échelle de la colonie, le centre ville bâti de bois brûle 24 heures durant.
Dans les ÉFO, comme ailleurs, le gouvernement procède à la mobilisation des esprits : discours officiels de type patriotique, soutien au théâtre ou à la poésie du genre, organisation de fêtes, tableaux vivants, défilés, utilisation du Journal Officiel pour diffuser les actions d'éclat et les articles sur les héros. Dans les ÉFO, comme ailleurs, l'arrière met toutes ses forces dans le soutien des poilus : marraines de guerre, efforts de solidarité, dons, quêtes, ouvres sociales. Le «jus du matin » organisé par la Chambre d'agriculture, « cueillez, décortiquez, séchez ou achetez,. c'est à vous Tahitiens d'offrir à nos poilus le café de la victoire ».Et comme ailleurs, le deuil entre dans les familles avec l'annonce des décès par les tavana1 et le Journal officiel.
L'Union Sacrée peut aussi trouver son illustration dans les ÉFO avec la réconciliation franco-britannique après des relations historiques pourtant particulièrement difficiles. Quant à jauger le sentiment des populations polynésiennes en face du conflit, on peut penser que le bombardement de Papeete en septembre 14 a lié leur sort à celui de la France et les a soudé derrière le pouvoir français. En témoignent les discours des chefs de districts lors des départs des contingents et l'absence d'opposition à la conscription ou de refus de partir, tandis qu'au contraire les cas de volontariat sont nombreux.

1Tavana : Chef de district dans les ÉFO, responsable administratif et officier d'état civil, remplacé par le maire lors de la réforme communale entre1965 et 1972.

Bibliographie

On peut clairement aborder la question par la lecture du chapitre consacré à la Première guerre mondiale dans :

  • Guennou, Lextreyt, Merceron, Toulellan, Terres et civilisations polynésiennes, Paris, Nathan, 1987 : une série au moins de cet ouvrage se trouve dans chaque établissement ; la partie concernant la Grande guerre propose des documents variés pour illustrer la séquence.
  • Encyclopédie de la Polynésie française ; La France en Polynésie ( 1842-1967 ), volume 7, sous la direction de P.Y. Toulellan, Gleizal/ Multipress, 1989

On peut approfondir par :

  • Le Mémorial polynésien ; 1914-1939, volume V, sous la direction de B. Danielsson, Hibiscus Editions, 1977

Des informations très intéressantes se trouvent dans :

  • Marie-Noëlle Frémy, Héros de la Grande guerre, DEA, 1998

Référence documentaire

  • La guerre 14-18 vue de Tahiti, Archipol N°5, Service éducatif des Archives de Polynésie française, 2003. Ce cahier présente de nombreux documents sur la défense du Territoire, les poilus tahitiens et la vie quotidienne pendant la Grande guerre, il est en vente aux Archives Territoriales, le faire acheter par les CDI.

Ne pas oublier

  • Le Dictionnaire Illustré de la Polynésie, sous la direction de F. Merceron, 4 volumes, Gleizal/ Ed. de l'Alizé, 1989

Dernière mise à jour : ( 29-11-2007 )
 
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